Vérité révolutionnaire Orwell

 

 

Le mouvement « antisystème » de Macron, bien plus subtil que celui déclaré tout aussi antisystème de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon, a dans un premier temps réussi. Sans doute subtil l’était-il trop. Macron en fait de changement dans la discontinuité n’aura qu’ajouté une nouvelle ruine aux ruines accumulées et apporté une violente désillusion : il n’aura réussi de fait qu’à casser le système des partis traditionnels d’alternance. Quel Austerlitz ! Mais, ainsi qu’on le voit enfin clairement en ce temps de Bérézina, il ne pouvait échapper longtemps à sa vérité qui est d’être la synthèse hégélienne renforcée et non dépassée dudit système. Un système qui n’est pas à entendre en un sens superficiellement partisan et purement cosmétique mais bien dans le sens de sa nature profonde qui est économique et idéologique. Le candidat en fait « archisystème » du Système a continué de dégrader la France, cela en mode augmenté façon geek, en s’encombrant de biens moins de scrupules que ses prédécesseurs à l’Elysée -en croyant même très malin de se livrer à des provocations… Bien mal lui en a pris ! Les gens de peu parfois enragés des Gilets jaunes ne sont peut-être pas aussi malins que lui mais ils ne sont certainement pas aussi cons que le "subtil" Macron s'est cru autorisé à le leur faire sentir.

Et cette partie de la France, ce peuple de bric et de broc, si longuement tenu à l'écart, réfugié dans ses réserves pavillonnaires, ignoré quand il n’était pas insulté, est sorti des gonds de sa patience, a occupé les ronds-points, a traversé sa périphérie, est entré dans Paris. C'est que voyez-vous ce peuple issu de la planète France profonde, se prend pour le Peuple ! Un peuple qui non seulement se prend pour le Peuple, mais qui se rappelle encore qu’on lui a dit que le Peuple était souverain. Il réclame maintenant -le culot ! -de recouvrer sa souveraineté, plus scandaleux encore il se rappelle, en chantant mille Marseillaise et en brandissant autant de drapeaux tricolores mêlés à ceux des régions et anciennes provinces non encore totalement siglées, territorialisées et zonées, que la France formait nation, quelque négligée ou salie qu’elle ait été. Outre l’exercice de sa souveraineté politique, ce peuple à peine réveillé et baignant encore dans les fumées de rêves et de cauchemars, réclame de plus en plus que la nation qu’il forme, que -osons dire le mot- la France, recouvre sa souveraineté. Derrière les matraques des CRS , les stylos, caméras et micros des médias mainstream, se trouve certes le gouvernement puis Macron, mais derrière le gouvernement et Macron se trouve Bruxelles et les édifices juridico-financiers qui travaillent pour le plus grand bonheur de quelques-uns. Ces édifices ne pourront plus longtemps faire régner leur ordre au nom de tous. Le voile de cette mâyâ s’est déchiré. Peut-être ce peuple ne le sait-il pas encore clairement, mais c’est contre ces institutions de papier et de fer que, lui aussi et dans un tout autre sens que celui programmé au sommet, s’est mis en marche. Oui, il se prend pour ce qu'il prétend être ! Ne l’est-il vraiment pas ? LE PEUPLE SOUVERAIN SERAIT DONC SOUVERAINISTE ! N'est-ce pas là le plus grand scandale ! Resterait une solution : expliquer à ce peuple fait de mille réunions de petits copropriétaires en folie, lui expliquer qu’il n’est pas le Peuple, qu’il n’est pas grand-chose, qu’il n’est à peu près rien, sinon taxable, puant et archaïque -ce que des dizaines d’années durant on n'a jamais cessé d’essayer de lui faire comprendre… Essayez donc encore, vous allez rigoler ! Peu probable que, la pancarte en carton entre les pattes, il ne retourne de sitôt à sa niche. Et gare plus encore s’il y retournait le cœur ne battant plus que d’amertume et de rage refoulées.

Mais, cessons de rire, même d’un rire amer, à la Muray. L'heure, est grave. C’est une France abîmée qui s’est levée et l’on voit bien qu’elle pourrait être abimée plus encore par ceux-là même pour qui elle est faite. Oui, ouvrons les yeux sur elle, pour qu’elle même se discerne mieux. Peuple, populisme, le moment n’est plus à la bataille des mots. Ou alors le populisme, ce populisme-là, c'est la démocratie quand elle ne trouve plus dans les politiques et les syndicats, les médias, les maires, les députés, les voix pour s'exprimer. Tout a été tordu, déconstruit pour faire place à la société individualiste consumériste et multiculturelle baignant dans la "mondialisation heureuse" (et ce bonheur vanté n’étant pas manifestement au rendez-vous dans les près, ladite mondialisation tente de se recycler en « transition énergétique » en ce moment même…), une société marchant de Black Friday en Christmas agapes au bénéfice d’une minorité kérosène pleine d’argent, de morgue, de mépris. Voilà le résultat ! Et encore, est-il heureux qu'une grande partie de notre pays -suivi bientôt, je l'espère pour ma part en tout cas, par d’autres nations d'Europe- ait décidé de sortir de l'ombre et de se faire entendre ! Il reste une belle énergie, pas nécessairement violente mais très déterminée. Il faut maintenant qu'elle trouve sa voie et ses voix.